Lâcheté

Tu avais dit : « Viens ! On va faire un tour ». Et soudain, tu as disparu. Affolé, j’ai cru que tu t’étais perdu.
Mais tu me connais, fidèle comme je suis, je t’ai cherché. Inlassablement. Je n’allais quand même pas te laisser errer, seul, sans eau, ni nourriture.
J’ai marché pendant des heures, truffe au sol, pour te retrouver et te ramener à la maison. Comme avant…
Sur mon chemin, j’ai croisé un vieux matou. Jeté dehors par sa famille et livré à lui-même au prétexte qu’« un chat, ça se débrouille tout seul ». Il en avait bavé le pauvre vieux : éborgné par des gamins dont il était le souffre-douleur, chassé par les riverains, empoisonné, affamé et squelettique, il n’était qu’un survivant qui rêvait à sa vie d’avant. Dans sa famille. Celle qui croyait qu’un chat, ça se débrouille tout seul.
En te cherchant, j’ai découvert une portée de chatons, même pas sevrés et malades du coryza. Si tu les avais vu piailler et appeler leur mère, tu aurais craqué. Car tu as du cœur. Ça, j’en suis sûr. Mais quand j’ai aperçu le corps de la minette un peu plus loin, j’ai vite compris que ces petits n’auraient aucun avenir.
Les jours passaient. J’avais faim, froid et soif mais je continuais à te chercher.
Dans une forêt, j’ai rencontré un pote. Son maître, qui devait être un peu tête en l’air, avait oublié de le détacher en partant. Alors, j’ai aboyé, longtemps et de toutes mes forces. Que pouvais-je faire d’autre ? Mais il n’est pas venu.
Et soudain, le choc ! Le froid, la douleur, mon sang qui s’écoule sur la chaussée. Je t’ai appelé et ils sont arrivés. « Ce n’est qu’un chien errant » ont-ils dit. J’ai emporté ces mots pour toujours.
J’espère qu’ils te retrouveront pour te prévenir. Pourvu que tu ne m’en veuilles pas trop de ne pas avoir réussi à te retrouver et te ramener chez nous ! Comme avant…